Petites misères de la vie conjugale (1846)

La Comédie Humaine : Études analytiques : 2/2

Thèmes abordés : Amour-Mariage

250 pages dans le tome 12 de l'édition de la Pléiade (lire l'édition de poche)

Le titre même défie le résumé : il s'agit d'une série de sketches burlesques centrés autour des deux figures types d'un jeune ménage bourgeois, Adolphe et Caroline, assistés de deux faire-valoir : deux coquettes plus parisiennes que nature, Mme de Fischtaminel et Mme Foullepointe, aux noms évocateurs. Les fragments donnés comme un ensemble conservent les marques de leur passage par des journaux et des recueils en vogue. Ils forment pourtant une série assez étincelante (faites pour le dessin), qui nous fait suivre la vie de nos deux héros depuis leur rencontre et leur contrat de mariage jusqu'à la formation... d'un ménage à quatre, en passant par les infidélités de l'époux et la mésentente du couple. Contrepoint railleur à bien des situations de La Comédie humaine, on y retrouve avec étonnement la plume alerte et frondeuse du publiciste de 1830 et on y assiste avec perplexité au retour, quasi parodique, de la Physiologie du mariage.

4.0/5 Balzac brode avec virtuosité des motifs sur ce canevas indéfini (on peut toujours rajouter des petites misères) ; et peut être avec une jubilation féroce. Les micro unités narratives (qui inondent le marché en 1845) peuvent rappeler, en condensé, bien des intrigues ou des situations du roman balzacien, et leur provision d'aphorismes trouverait de l'écho dans les parties plus nobles de l'oeuvre. Pourquoi ne pas y reconnaître une sorte de récréation et l'essai, à tout risque, d'une forme originale, née en partie des circonstances, auxquelles Balzac a toujours tenté s'adapter ? Des promenades sur les boulevards, les Champs-Elysées et les Tuileries, aux parties fines chez Véry ou au Rocher de Cancale, sans oublier les Variétés, le texte prodigue tout un savoir sur Paris et ses moeurs, alternant les notations sur l'inquiétante intimité des époux avec celles relatives à leur vie de Parisiens soucieux d'observer la mode et de profiter de l'espace public, propice aux rencontres et aux plaisirs de tous ordres. Si décrire, codifier, classer, mais aussi parodier le régime matrimonial des Parisiens est le véritable objet des Petites Misères de la vie conjugale, on comprend que Balzac ait cherché à faire de sa pochade le pendant anecdoté de l'oeuvre théorique qu'est la Physiologie du mariage.

Lieux principalement mentionnés (détails) : Paris ; Vincennes ; Marnes


On peut y lire (+):

  • page 29 Dans le monde, on aime qui vous écoute.
  • page 45 Un mari doit toujours savoir ce qu'a sa femme, car elle sait toujours ce qu'elle n'a pas.
  • page 107 Il faut avoir fouillé toute la vie sociale pour être un vrai romancier, vu que le roman est l'histoire privée des nations.