«J'ai entrepris l'histoire de toute la Société. J'ai exprimé souvent mon plan dans cette seule phrase : une génération est un drame à quatre ou cinq mille personnages saillants. Ce drame, c'est mon livre. » (Lettre à Hippolyte de Castille, 11 octobre 1846).

A comme Administration

Le Rapport est dans l'administration actuelle ce que sont les limbes dans le christianisme. [...] Depuis l'envahissement des affaires par le rapport, révolution administrative consommée en 1804, il ne s'était pas rencontré de ministre qui eût pris sur lui d'avoir une opinion, de décider la moindre chose, sans que cette opinion, cette chose eût été vannée, criblée, épluchée par les gâte-papier, les porte-grattoir et les sublimes intelligences de ses bureaux.

A comme Ambition

L'ambition est comme la mort, elle doit mettre sa main sur tout, elle sait que la vie la talonne.
Là où l'ambition commence, les naïfs sentiments cessent.
Pour être quelque chose de grand, il faut savoir commencer par n'être rien.

A comme Amitié

Si vous vous liez avec quelques hommes plus intimement qu'avec d'autres, soyez donc discret sur vous-même, soyez toujours réservé comme si vous deviez les avoir un jour pour compétiteurs, pour adversaires ou pour ennemis; les hasards de la vie le voudront ainsi.
L'égoïsme est le poison de l'amitié.
Il faut bien être sur ses gardes pour reconnaître la fausse monnaie que donne un ami.
Qui va partout ne trouve d'intérêt vif nulle part.
Les amis véritables jouissent, dans l'ordre moral, de la perfection dont est doué l'odorat des chiens ; ils flairent les chagrins de leurs amis, ils en devinent les causes, ils s'en préoccupent.

A comme Amour

Chez les jeunes gens, l'amour est le plus beau des sentiments [...]. Chez les hommes, l'amour devient passion : la force mène à l'abus. Chez les vieillards, il tourne au vice : l'impuissance conduit à l'extrême.
L'amour est un privilège que deux êtres se donnent de se faire réciproquement beaucoup de chagrin à propos de rien.
L'amour a, comme la vie, une puberté pendant laquelle il se suffit à lui-même.
Il faut souvent, hélas ! deux hommes pour en faire un amant parfait.
L'estime, la considération, les égards s'obtiennent, disparaissent, reviennent; mais quant à l'amour, je me prêcherais mille ans que je ne le ferais pas renaître, surtout pour une femme qui s'est vieillie à plaisir.
On aime ceux que l'on plaint.
Les meilleurs coeurs sont parfois bien cruels.
Les alternatives de craintes soulevées [et] de terreurs apaisées [...] sont un peu la vie des sentiments, et tout aussi nécessaires à la maternité qu'à l'amour.
L'amour véritable offre de constantes similitudes avec l'enfance : il en a l'irréflexion, l'imprudence, la dissipations, les rires et les pleurs.
L'amour ne va jamais consulter les registres de l'état civil; personne n'aime une femme parce qu'elle a tel ou tel âge, parce qu'elle est belle ou laide, bête ou spirituelle : on aime parce qu'on aime.
Il est peu d'âmes chez lesquelles l'amour résiste à l'omniprésence, ce miracle n'appartient qu'à Dieu.
On aime toujours qui nous amuse ou qui nous rend heureux.
L'amour enfanté par les désirs est une espérance, et celui qui succède à leur satisfaction est la réalité.
L'amour est aussi grand par le bavardage que par la concision.
Il est dans la destinée de l'homme de s'offrir à celle qui le fait croire au bonheur.
Soupçonner une femme est un crime en amour.
L'amour a le travail et la misère en horreur. Il aime mieux mourir que de vivoter.
En amour, douter, n'est-ce pas mourir ?
L'amour et la passion sont deux différents états de l'âme que poètes et gens du monde, philosophes et niais confondent continuellement. L'amour comporte une mutualité de sentiments, une certitude de jouissances que rien n'altère, et un trop constant échange de plaisirs, une trop complète adhérence entre les coeurs pour ne pas exclure la jalousie. La possession est alors un moyen et non un but; une infidélité fait souffrir, mais ne détache pas; l'âme n'est ni plus ni moins ardente ou troublée, elle est incessamment heureuse; enfin le désir étendu par un souffle divin d'un bout à l'autre sur l'immensité du temps nous le teint d'une même couleur : la vie est bleue comme l'est un ciel pur. La passion est le pressentiment de l'amour et de son infini auquel aspirent toutes les âmes souffrantes. La passion est un espoir qui peut-être sera trompé. Passion signifie à la fois souffrance et transition; la passion cesse quand l'espérance est morte.
Hommes et femmes peuvent, sans se déshonorer, concevoir plusieurs passions; il est si naturel de s'élancer vers le bonheur ! mais, il n'est dans la vie qu'un seul amour.
Chez un jeune homme de vingt ans, l'amour se repaît de dévouement.
La connaissance du visage d'un homme est, chez la femme qui l'aime, comme celle de la pleine mer pour un marin.
Aucune passion d'honnête femme, pas même celle d'une dévote pour son directeur, rien ne surpasse l'attachement de la maîtresse qui partage les périls des grands criminels.

A comme Amour-Propre

L'amour-propre est un escroc qui ne manque jamais sa dupe.
Les blessures d'amour-propre deviennent incurables quand l'oxyde d'argent y pénètre.
La prudence humaine consiste à ne jamais menacer, à faire sans dire, à favoriser la retraite de son ennemi en ne marchant pas, selon le proverbe, sur la queue du serpent, et à se garder comme d'un meurtre de blesser l'amour-propre de plus petit que soi.
Le Fait, quelque dommageable qu'il soit aux intérêts, se pardonne à la longue, il s'explique de mille manières; mais l'amour-propre, qui saigne toujours du coup qu'il a reçu, ne pardonne jamais à l'Idée.
Les rentes les plus solides ne sont pas les rentes sur l'Etat, mais celles qu'on se fait en amour-propre.

A comme Anagrammes

Anagrammes. révolution française : un corse la finira (partiel). révolution française : Voleur ! Fi la nation corse. révolution française : Un roi corse tué à la fin

A comme Argent

L'argent ne connaît personne; il n'a pas d'oreilles, l'argent; il n'a pas de coeur, l'argent.
L'argent n'est une puissance que quand il est en quantités disproportionnées.
En toute affaire, les bénéfices sont en proportion avec les risques !
Dès qu'il s'agit d'un caprice, d'une passion, l'argent n'est plus rien pour les Crésus : il leur est en effet plus difficile d'avoir des caprices que de l'or.

A comme Arts

Les perfections de l'industrie ne soufflent pas la vie à un peuple, et ne diront pas à l'avenir qu'il a existé; tandis que l'art égyptien, l'art mexicain, l'art grec, l'art romain avec leurs chefs-d'oeuvres taxés d'inutiles, ont attesté l'existence de ces peuples dans le vaste espace du temps, là où de grandes nations intermédiaires dénuées d'hommes de génie ont disparu, sans laisser sur le globe leur carte de visite !
L'épicier est entraîné vers son commerce par une force attractive égale à la force de répulsion qui en éloigne les artistes.
A part le comédien, le prince et l'évêque, il est un homme à la fois prince et comédien, un homme revêtu d'un magnifique sacerdoce, le Poète qui semble ne rien faire et qui néanmoins règne sur l'Humanité quand il a su la peindre.
La hardiesse du vrai s'élève à des combinaisons interdites à l'art, tant elles sont invraisemblables ou peu décentes, à moins que l'écrivain ne les adoucisse, ne les émonde, ne les châtre.

A comme Avarice

L'avarice commence là où la pauvreté cesse.
L'avarice a comme l'amour un don de seconde vue sur les futurs contingents, elle les flaire, elle les pressent.
L'avarice des pères prépare la prodigalité des enfants.

A comme Avidité

Nous vivons à une époque d'avidité où l'on ne s'inquiète pas de la valeur de la chose, si l'on peut y gagner en la repassant au voisin ; et on la repasse au voisin parce que l'avidité de l'actionnaire qui croit à un gain est égale à celle du fondateur qui le lui propose !

B comme Beau

En toute chose, le beau se sent et ne se définit pas.
Les gens doués d'un extérieur agréable ne rencontrent aucune difficulté au début de la vie, ils ne déploient alors aucun talent, ils sont corrompus par les avances que leur fait le monde, et il faut leur payer plus tard les intérêts de leurs qualités !
Chez l'homme, le Beau n'est qu'une flatteuse exception, une chimère à laquelle il s'efforce de croire.

B comme Bien

Le bien obscurément fait ne tente personne.
La bienfaisance a son entraînement comme les vices ont le leur.

B comme Blessure

De toutes les blessures, celles que font la langue et l'oeil, la moquerie et le dédain sont incurables.

B comme Bonheur

Si le retour exact et journalier des mêmes pas dans un même sentier n'est pas le bonheur, il le joue si bien que les gens amenés par les orages d'une vie agitée à réfléchir sur les bienfaits du calme diront que là était le bonheur.
Le bonheur des autres est la consolation de ceux qui ne peuvent plus être heureux.
Le bonheur des autres devient la joie de ceux qui ne peuvent plus être heureux.
Le bonheur n'a pas d'histoire, et les conteurs de tous les pays l'ont si bien compris que cette phrase : Ils furent heureux! termine toutes les aventures d'amour.
Un malheur, tout aussi bien qu'un bonheur mutuel, met les âmes au même diapason.
C'est encore un bonheur de pourrir ensemble.

B comme Bonté

La bonté n'est pas sans écueils : on l'attribue au caractère, on veut rarement y reconnaître les efforts secrets d'une belle âme, tandis qu'on récompense les gens méchants du mal qu'ils ne font pas.

B comme Bretons

Un air aussi stupide que peut l'être celui d'un paysan breton écoutant le prône de son curé.

C comme Campagne

Les gens de la campagne ont une horreur profonde pour toute espèce de changement, même pour celui qui leur paraît utile à leurs intérêts.
Les gens de la campagne appliquent le mot de noce à toutes les réjouissances. Boire, se quereller, se battre, manger et rentrer ivre et malade, c'est faire la noce.

C comme Charité

Il est si commode de se poser charitable gratis.

C comme Comédie Humaine

Vous vous rappelez peut-être certains maîtres en avarice déjà peints dans quelques Scènes antérieures ? D'abord, l'avare de province, le père Grandet de Saumur, avare comme le tigre est cruel; puis Gobseck l'escompteur, le jésuite de l'or, n'en savourant que la puissance et dégustant les larmes du malheur, à savoir quel est leur cru; puis le baron de Nucingen élevant les fraudes de l'argent à la hauteur de la Politique. Enfin, vous avez sans doute souvenir de ce portrait de la Parcimonie domestique, le vieil Hochon d'Issoudun, et de cet autre avare par esprit de famille, le petit Baudraye de Sancerre! Eh bien, les sentiments humains, et surtout l'avarice, ont des nuances si diverses dans les divers milieux de l'amphithéâtre des Etudes de Moeurs; il restait Rigou! l'avare égoïste, c'est-à-dire plein de tendresse pour ses jouissances, sec et froid pour autrui, enfin l'avarice ecclésiastique, le moine demeuré moine pour exprimer le jus du citron appelé le bien-vivre, et devenu séculier pour happer la monnaie publique.

C comme Commerçants

Les gens généreux font de mauvais commerçants.
En commerce, l'occasion est tout.

C comme Comportement

Ne soyez ni confiant, ni banal, ni empressé, trois écueils ! La trop grande confiance diminue le respect, la banalité nous vaut le mépris, le zèle nous rend excellents à exploiter.
Acceptez le moins que vous pourrez des autres. Ne soyez le vassal d'aucune âme, ne relevez que de vous-même.

C comme Conscience

Ne se rien permettre ni contre sa conscience ni contre la conscience publique.
La conscience [...] est un de ces bâtons que chacun prend pour battre son voisin, et dont il ne se sert jamais pour lui.

C comme Courbe

La Courbe est la loi des mondes matériels, la Droite est celle des mondes spirituels.

C comme Créole

La créole est une nature à part qui tient à l'Europe par l'intelligence, aux Tropiques par la violence illogique de ses passions, à l'Inde par l'apathique insouciance avec laquelle elle fait ou souffre également le bien et le mal; nature gracieuse d'ailleurs, mais dangereuse comme un enfant est dangereux s'il n'est pas surveillé.

C comme Critique

La critique est une brosse qui ne peut pas s'employer sur les étoffes légères, où elle emporterait tout.

D comme Danger

Le danger extrême a [...] une vertu sur l'âme aussi terrible que celle des puissants réactifs sur le corps.

D comme Défauts

Dans le jeune âge, les mauvaises qualités de l'homme sont contenus par le monde, arrêtées dans leur essor par le jeu des passions, gênées par le respect humain; plus tard, dans la solitude, chez un homme âgé, les petits défauts se montrent d'autant plus terribles qu'ils ont été longtemps comprimés.
Les animaux peuvent être dévoués, mais l'homme ne leur communiquera jamais la lèpre de la flatterie.
La paresse est un masque aussi bien que la gravité, qui est encore de la paresse.

D comme Dénouements

Je ne crois pas aux dénouements, [...], il faut en faire quelques-uns de beaux pour montrer que l'art est aussi fort que le hasard; mais, [...] on ne relit une oeuvre que pour ses détails.

D comme Désir

Nous désirons d'autant plus violemment les choses qu'il nous est plus difficile de les avoir.

D comme Diplomatie

La diplomatie [est] la science de ceux qui n'en ont aucune et qui sont profonds par leur vide ; science d'ailleurs fort commode, en ce sens qu'elle se démontre par l'exercice même de ses hauts emplois ; que voulant des hommes discrets, elle permet aux ignorants de ne rien dire, de se retrancher dans des hochements de tête mystérieux ; et qu'enfin l'homme le plus fort en cette science est celui qui nage en tenant sa tête au-dessus du fleuve des événements qu'il semble alors conduire, ce qui devient une question de légèreté spécifique.

D comme Douleur

La douleur est infinie, la joie a des limites.
Il n'est pas de douleur que le sommeil ne sache vaincre.

D comme Droit

Le Droit, inventé pour protéger les Sociétés, est établi sur l'Egalité. La Société, qui n'est qu'un ensemble de faits, est basée sur l'Inégalité. Il existe donc un désaccord entre le Fait et le Droit.
Un mauvais arrangement vaut mieux qu'un bon procès.
La justice militaire est franche, rapide, elle décide à la turque, et juge presque toujours bien.
Les avoués ne sont-ils pas en quelque sorte des hommes d'État chargés des affaires privées ?

E comme Ecoute

Dans le monde, on aime qui vous écoute.
Ne pas écouter est non seulement un manque de politesse, mais encore une marque de mépris.
Qui n'écoute qu'une cloche n'entend qu'un son.

E comme Education

L'éducation moderne est fatale aux enfants [...]. Nous les bourrons de mathématiques, nous les tuons à coups de science, et les usons avant le temps.

E comme Egoiste

Les égoïstes, ne voulant pas être génés, ne gênent personne, et n'embarrassent point la vie de ceux qui les entourent par les ronces du conseil, par les épines de la remontrance, ni par les taquinages de guêpe que se permettent les amitiés excessives qui veulent tout savoir, tout contrôler, ...

E comme Elites

Critique du régime des concours, des grandes écoles (Ecole Polytechnique) et de la gestion des élites dans l'administration. Extraits :
  • On ne pose pas une pierre en France sans que dix paperassiers parisiens n'aient fait de sots et inutiles rapports. (p. 805)
  • [Le] Concours, invention moderne, essentiellement mauvaise, et mauvaise non seulement dans la science, mais encore partout où elles'emploie, dans les arts, dans tout élection d'hommes, de projets ou de choses. (p. 806)
  • Rien, ni dans l'expérience, ni dans la nature des choses ne peut donner la certitude que les qualités intellectuelles de l'adulte seront celles de l'homme fait. (p. 806)
  • Il est impossible de faire étudier Kant à toute une nation; aussi la Croyance et l'Habitude valent-elles mieux pour les peuples que l'Etude et le Raisonnement. (p. 807)

E comme Employés

Un employé [est] un homme qui pour vivre a besoin de son traitement et qui n'est pas libre de quitter sa place, ne sachant faire autre chose qu'expédier.

E comme Enfants

Les pères n'aiment [...] que les enfants avec qui ils ont fait une ample connaissance.
Une mère est aussi rusée pour arriver à ses enfants qu'une jeune fille peut l'être pour conduire à bien une intrigue d'amour.

E comme Enfer

Qu'est-ce que l'enfer, si ce n'est une vengeance éternelle pour quelques fautes d'un jour ?

E comme Enseignement

Si nous saluons avec respect l'homme qui [...] a versé son sang sur un champ de bataille, nous nous moquons de celui qui use lentement le feu de sa vie à dire les mêmes paroles à des enfants du même âge.

E comme Entêtement

Les natures faibles, une fois prévenues, se jettent dans l'entêtement, et n'en reviennent jamais.

E comme Envie

La pitié élève autant de médiocrités que l'envie rabaisse de grands artistes.
L'envie délie autant de langues que l'admiration en glace.

E comme Espoir

Marie attirait comme l'espoir, elle échappait comme un souvenir.

E comme Esprit

Les qualités du coeur sont aussi indépendantes de celles de l'esprit que les facultés du génie le sont des noblesses de l'âme.

F comme Famille

La famille est une association temporaire et fortuite que dissout promptement la mort.
Les tantes, les mères et les soeurs ont une jurisprudence particulière pour leurs neveux, leurs fils et leurs frères.

F comme Fautes

Toutes les fautes, et les crimes peut-être, ont pour principe un mauvais raisonnement ou quelque excès d'égoïsme.

F comme Femme

À toutes les fantaisies des femmes, les gens habiles doivent d'abord dire oui, et leur suggérer les motifs du non en leur laissant l'exercice de leur droit de changer à l'infini leurs idées, leurs résolutions et leurs sentiments.
Ne jamais croire ce qu'une femme dit. Toujours chercher l'esprit de ses actions sans [s']arrêter à la lettre. Ne pas oublier qu'une femme n'est jamais si bavarde que dans elle se tait, et n'agit jamais avec plus d'énergie que lorsqu'elle est en repos.
Un mari doit toujours savoir ce qu'a sa femme, car elle sait toujours ce qu'elle n'a pas.
L'innocence des filles est comme le lait que font tourner un coup de tonnerre, un vénéneux parfum, un temps chaud, un rien, un souffle même.
Qu'est-ce que la femme ? Une petite chose, un ensemble de niaiseries. Avec deux mots dits en l'air, ne la fait-on pas travailler pendant quatre heures ?
La pensée d'une femme est douée d'une incroyable élasticité : quand elle reçoit un coup d'assommoir, elle plie, paraît écrasée, et reprend sa forme dans un temps donné.
Les hommes trouvent dans les occupations de leur vie des ressources contre les chagrins, le mouvement des affaires les distrait; mais nous autres femmes, nous n'avons dans l'âme aucun point d'appui contre nos douleurs.
La femme française [...] plie le monde à son amour. Au contraire, l'Anglaise plie son amour au monde.
La femme de trente ans satisfait tout, et la jeune fille, sous peine de ne pas être, doit ne rien satisfaire.
Il est impossible qu'une femme ne haïsse pas un homme devant qui elle est obligée de rougir.
Gobseck T2.1001
Dans l'intimité, toutes les femmes ont de l'esprit.
Si vous n'êtes pas content d'elle, je la cravacherai. [...] C'est pourtant la seule manière de gouverner les femmes et les chevaux. Un homme se fait ainsi craindre, aimer et respecter.
Les femmes sont des enfants méchants, c'est des bêtes inférieures à l'homme, et il faut s'en faire craindre, car la pire condition pour nous est d'être gouvernés par ces brutes-là !
Un homme doit bien étudier une femme avant de lui laisser voir ses émotions et ses pensées comme elles se produisent.
Toute femme a des perfections qui lui sont propres.
Pour qu'une femme commande, elle doit avoir l'air de toujours faire ce que veut son mari.
Mais qui peut se flatter d'être jamais compris ? Nous mourons tous inconnus. C'est le mot des femmes et celui des auteurs.
Une femme est toujours vieille et déplaisante à son mari, mais toujours pimpante, élégante et parée pour l'autre, pour le rival de tous les maris, pour le monde qui calomnie ou déchire toutes les femmes.
La femme qui aime a toute l'intelligence de son pouvoir; et plus elle est vertueuse, plus agissante est sa coquetterie.
Quand un outrage est public, une femme aime à l'oublier, elle a des chances pour se grandir, elle est femme dans sa clémence; mais les femmes n'absolvent jamais de secrètes offenses, parce qu'elles n'aiment ni les lâchetés, ni les vertus, ni les amours secrètes.
La migraine est une bonne personne et ne nous donne jamais de démentis.
Oh ! les hommes ! ils grugent autant les femmes que les femmes grugent les vieux !
Les femmes tendent au but à travers les lois, comme les oiseaux que rien n'arrête dans l'air.
La femme qui aime doit toujours dissimuler ses sentiments.
C'est toujours quand les femmes ont quelque pensée importante qu'elles disent hypocritement : Je n'ai rien.

F comme Flatterie

La flatterie n'émane pas des grandes âmes, elle est l'apanage des petits esprits qui réussissent à se rapetisser encore pour mieux entrer dans la sphère vitale de la personne autour de laquelle ils gravitent.

F comme Fortune

La fortune que l'on acquiert est en raison des besoins que l'on se crée.

F comme France

La France, où les supériorités jeunes, pleines d'activité, se trouvent écrasées sous le poids des médiocrités parvenues, envieuses et insatiables.
En France, on ne peut triompher que quand tout le monde se couronne sur la tête du triomphateur.
La France est le seul pays où quelque petite phrase puisse faire une grande révolution.
Le Français, plus que tout autre homme, ne conclut jamais en dessous de lui, il va du degré sur lequel il se trouve au degré supérieur : il plaint rarement les malheureux au-dessus desquels il s'élève, il gémit toujours de voir tant d'heureux au-dessus de lui.
En France, on ne rit que des choses et des hommes dont on s'occupe, et personne ne s'occupe de ce qui ne réussit point.
Tout en France se fait en riant, même les crimes.
Il est dans le caractère français de s'enthousiasmer, de se colérer, de se passionner pour le météore du moment, pour les bâtons flottants de l'actualité.
En France, ce qu'il y a de plus national est la vanité.

G comme Génie

Le cachet du génie est une certaine apparence de facilité. Son oeuvre doit paraître, en un mot, ordinaire au premier aspect, tant elle est toujours naturelle, même dans les sujets les plus élevés.
Tout ce que trouvent les gens de génie [...] est si simple que chacun croit qu'il l'aurait trouvé. Mais [...] le génie a cela de beau qu'il ressemble à tout le monde et que personne ne lui ressemble.
Le génie a pour mission de chercher, à travers les hasards du vrai, ce qui doit sembler probable à tout le monde.
Il faut être un grand homme pour tenir la balance entre son génie et son caractère. Le talent grandit, le coeur se dessèche.
Plus large est le génie, plus tranchées sont les bizarreries qui constituent les divers degrés d'originalité.
Le génie en toute chose est une intuition.
Jamais aucun effort administratif ou scolaire ne remplacera les miracles du hasard auquel on doit les grands hommes.

G comme Gloire

La gloire [...] est l'égoïsme divinisé.

G comme Gouvernement

Pour implanter un gouvernement au coeur d'une nation, il faut savoir y rattacher des intérêts et non des hommes.
Un ministre voudra le bien sans pouvoir l'accomplir. Vous aurez créé des lenteurs interminables entre les choses et les résultats. Si vous avez rendu le vol d'un écu vraiment impossible, vous n'empêcherez pas les collusions dans la sphère des intérêts. On ne concédera certaines opérations qu'après des stipulations secrètes, qu'il sera difficile de surprendre. Enfin les employés, depuis le plus petit jusqu'au chef de bureau, vont avoir des opinions à eux, ils ne seront plus les mains d'une cervelle, ils ne représenteront plus la pensée du Gouvernement, l'Opposition tend à donner le droit de parler contre lui, voter contre lui, juger contre lui.

H comme Haine

La haine, comme l'amour, se nourrit des plus petites choses, tout lui va. De même que la personne aimée ne fera rien de mal, de même la personne haïe ne fera rien de bien.
Il ne faut toucher à son ennemi que pour lui abattre la tête.
Jamais la police n'aura d'espions comparables à ceux qui se mettent au service de la Haine.

H comme Hasard

Le hasard est, en amour, la providence des femmes.
Le hasard est le plus grand de tous les artistes.

H comme Histoire

Les époques déteignent sur les hommes qui les traversent.
L'historien des moeurs obéit à des lois plus dures que celles qui régissent l'historien des faits, il doit rendre tout probable, même le vrai; tandis que, dans le domaine de l'histoire proprement dite, l'impossible est justifié par la raison qu'il est advenu.

H comme Homme

Les hommes ont deux caractères : ils en ont un pour leur intérieur, pour leurs femmes, pour leur vie secrète, et qui est le vrai; là, plus de masque, plus de dissimulation, ils ne donnent pas la peine de feindre, ils sont ce qu'ils sont, et son souvent horribles; puis le monde, les autres, les salons, la Cour, le souverain, la politique les voient grands, nobles, généreux, en costume brodé de vertus, parés de beau langage, plein d'exquises qualités.
En examinant les hommes, il devina souvent que le courage était de la témérité; la prudence, une poltronnerie; la générosité, finesse; la justice, un crime; la délicatesse, une niaiserie; la probité, une organisation : et, par une singulière fatalité, il s'aperçut que les gens vraiment probes, délicats, justes, généreux, prudents et courageux, n'obtenaient aucune considération parmi les hommes.
Tout homme complexe se laisse facilement deviner. Aussi tous les grands hommes sont-ils joués par un être qui leur est inférieur.
Les hommes sont des toupies, il ne s'agit que de trouver la ficelle qui s'enroule à leur torse.
Il est si naturel de supposer que les gens qui dépensent leur vie à tout mettre en dehors n'aient rien au-dedans !
Les hommes vous estiment en raison de votre utilité, sans tenir compte de votre valeur.
Les jeunes gens sont sans indulgence, parce qu'ils ne connaissent rien de la vie ni de ses difficultés.
Ne se rencontre-t-il pas beaucoup d'hommes dont la nullité profonde est un secret pour la plupart des gens qui les connaissent ?
Il suffit de livrer un homme à un vice pour se défaire de lui.
Les hommes qui ont tant de choses à exprimer en de belles oeuvres longtemps rêvées professent un certain mépris pour la conversation, commerce où l'esprit s'amoindrit en se monnayant.
La chute d'un grand homme est toujours en raison de la hauteur à laquelle il est parvenu.
Certains êtres sont comme des zéros, il leur faut un chiffre qui les précède, et leur néant acquiert alors une valeur décuple.
Les hommes sont ainsi. Dans presque toutes les classes, ils accordent au compérage ou à des âmes viles qui les flattent les facilités, les faveurs refusées à la supériorité qui les blesse quelle que soit la manière dont elle se révèle.
Les hommes assez forts pour monter jusqu'à la ligne où ils peuvent jouir du coup d'oeil des mondes, ne doivent pas regarder à leurs pieds.
Chose étrange, presque tous les hommes d'action inclinent à la Fatalité, de même que la plupart des penseurs inclinent à la Providence.
Là est la différence entre le poète et l'homme d'action : l'un se livre au sentiment pour le reproduire en images vives, il ne juge qu'après; tandis que l'autre sent et juge à la fois.
Affreuse condition de l'homme! Il n'y a pas un de ses bonheurs qui ne vienne d'une ignorance quelconque.
Beaucoup de gens faux abritent leur platitude sous la brusquerie; brusquez-les, vous produirez l'effet du coup d'épingle sur le ballon.
Un homme se façonne à son sort, il accepte la vulgarité de sa vie.

H comme Honnêteté

Les honnêtes gens n'ont qu'une devise : Fais ce que dois, advienne que pourra !

H comme Honneur

Les honneurs que vous rendez aux supériorités établies ne sont-ils pas la garantie de ceux qui vous sont dus ?
La morale a ses ruisseaux d'où les gens déshonorés essaient de faire jaillir sur les plus nobles personnes la boue dans laquelle ils se noient.
Les hommes les plus forts aiment à se tromper eux-mêmes sur certaines choses où la vérité connue les humilierait, les offenserait d'eux à eux.

I comme Idoles

Les générations balayent en passant jusqu'au vestige des idoles qu'elles trouvent sur leur chemin, et elles se forgent de nouveaux dieux qui seront renversés à leur tour.

I comme Ignorance

Une belle action fait accepter toutes les ignorances possibles.

I comme Intelligence

L'un des malheurs auxquels sont soumises les grandes intelligences, c'est de comprendre forcément toutes choses, les vices aussi bien que les vertus.
L'intelligence est le levier avec lequel on remue le monde.

I comme Intérêt

L'intérêt fait commettre des horreurs partout.

I comme Invention

Inventer en toute chose, c'est vouloir mourir à petit feu; copier c'est vivre. Grassou [...] pratiqua la partie de cette cruelle maxime à laquelle la société doit ces infâmes médiocrités chargées d'élire aujourd'hui les supériorités dans toutes les classes sociales; mais qui naturellement s'élisent elles-mêmes, et font une guerre acharnée aux vrais talents.

I comme Ironie

L'ironie est le fond du caractère de la Providence.

I comme Ivresse

L'ivresse est un empoisonnement momentané.

J comme Jalousie

La jalousie, passion éminemment crédule, soupçonneuse, est celle où la fantaisie a le plus d'action; mais elle ne donne pas d'esprit, elle en ôte.
Les âmes fortes ne sont ni jalouses ni craintives : la jalousie est un doute, la crainte est une petitesse.
Les amants jaloux supposent tout; et c'est en supposant tout, en choisissant les conjectures les plus probables que les juges, les espions, les amants et les observateurs devinent la vérité qui les intéresse.
Les hommes nous permettent bien de nous élever au-dessus d'eux, mais ils ne nous pardonnent jamais de ne pas descendre aussi bas qu'eux.
D'une jalousie incroyable, en fait de politique conjugale, les Françaises veulent tout savoir.

J comme Jeunesse

Il n'y a jamais rien de bon à attendre des jeunes gens qui avouent leurs fautes, s'en repentent et les recommencent.

J comme Journal

Un journal n'est plus fait pour éclairer, mais pour flatter les opinions.
Quiconque a trempé dans le journalisme, ou y trempe encore, est dans la nécessité cruelle de saluer les hommes qu'il méprise, de sourire à son meilleur ennemi, de pactiser avec les plus fétides bassesses, de se salir les doigts en voulant payer ses agresseurs avec leur monnaie.

J comme Justice

La Justice est un être de raison représenté par une collection d'individus sans cesse renouvelés, dont les bonnes intentions et les souvenirs sont, comme eux, excessivement ambulatoires.
Les parquets, les tribunaux ne peuvent rien prévenir en fait de crimes, ils sont inventés pour les accepter tout faits.
Aucune puissance humaine, ni le Roi, ni le garde des Sceaux, ni le premier ministre ne peuvent empiéter sur le pouvoir d'un juge d'instruction, rien de l'arrête, rien ne lui commande.
Se méfier de la magistrature est un commencement de dissolution sociale.
De même que la Banque pointe les plus légers retards, en fait de paiement, soupèse tous les crédits, estime les capitalistes, suit de l'oeil leurs opérations; de même fait la police pour l'honnêteté des citoyens.
Amants de la vérité, les magistrats sont comme les femmes jalouses, ils se livrent à mille suppositions et les fouillent avec le poignard du soupçon comme le sacrificateur antique éventrait les victimes; puis ils s'arrêtent non pas au vrai, mais au probable, et ils finissent par entrevoir le vrai.
Le prêtre, avec sa vie offerte à Dieu, le soldat et ses mille morts données au pays, [...] semblent plus heureux que le magistrat avec ses doutes, ses craintes, sa terrible responsabilité.

L comme Littérature

Ainsi va le monde littéraire. On n'y aime que ses inférieurs. Chacun est l'ennemi de quiconque tend à s'élever. Cette envie générale décuple les chances des gens médiocres qui n'excitent ni l'envie ni le soupçon, [et] font leur chemin à la manière des taupes.
Plus le livre est beau, moins il a de chances d'être vendu. Tout homme supérieur s'élève au-dessus des masses, son succès est donc en raison directe avec le temps nécessaire pour apprécier l'oeuvre.

L comme Lois

Les lois sont des toiles d'araignée à travers lesquelles passent les grosses mouches et où restent les petites.
Tous les législateurs se sont contentés d'analyser les faits, d'indiquer les faits blâmables ou criminels, et d'y attacher des punitions ou des récompenses. Telle est la Loi humaine; elle n'a ni les moyens de prévenir les fautes, ni les moyens d'en éviter le retour chez ceux qu'elle a punis.
Il n'y a rien de moins connu que ce que tout le monde doit savoir, LA LOI !
Dès qu'un homme tombe entre les mains de la justice, il n'est plus qu'un être moral, une question de Droit ou de Fait, comme aux yeux des statisticiens il devient un chiffre.
La Loi, telle que le législateur la fabrique aujourd'hui, n'a pas toute la vertu qu'on lui suppose. Elle ne frappe pas également le pays, elle se modifie dans ses applications au point de démentir son principe.

M comme Mal

Le bien n'a qu'un mode, le mal en a mille.

M comme Malheur

Le malheur est notre plus grand maître, le malheur [...] apprendra la valeur de l'argent celles des hommes et celles des femmes.
Gobseck T2.1008
Les événements ne sont jamais absolus, leurs résultats dépendent entièrement des individus : le malheur est un marche-pied pour le génie, une piscine pour le chrétien, un trésor pour l'homme habile, pour les faibles un abîme.
Une fois que dans le malheur un homme peut se faire un roman d'espérance par une suite de raisonnements plus ou moins justes avec lesquels il bourre son oreiller pour y reposer sa tête, il est souvent sauvé. Beaucoup de gens ont pris la confiance que donne l'illusion pour de l'énergie. Peut-être l'espoir est-il la moitié du courage.
Tous les hommes supportent mieux un malheur connu, défini, que les cruelles alternatives d'un sort qui, d'un instant à l'autre, apporte ou la joie excessive ou l'extrême douleur.
Le malheur a cela de bon qu'il nous apprend à connaître nos vrais amis.

M comme Mariage

Pourquoi se marier ...
  • par Ambition ... cela est bien connu ;
  • par Bonté, pour arracher une fille à la tyrannie de sa mère ;
  • par Colère, pour déshériter des collatéraux ;
  • par Dédain d'une maîtresse infidèle ;
  • par Ennui de la délicieuse vie de garçon ;
  • par Folie, c'est en toujours une ;
  • par Gageure, c'est le cas de lord Byron ;
  • par Honneur, comme Georges Dandin ;
  • par Intérêt, mais c'est presque toujours ainsi ;
  • par Jeunesse, au sortir du collège, en étourdi ;
  • par Laideur, en craignant de manquer de femme un jour ;
  • par Machiavélisme, pour hériter promptement d'une vieille ;
  • par Nécessité, pour donner un état à notre fils ;
  • par Obligation, la demoiselle ayant été faible ;
  • par Querelle, pour finir un procès ;
  • par Reconnaissance, c'est donner plus qu'on a reçu ;
  • par Sagesse, cela arrive encore aux doctrinaires ;
  • par Testament, quand un oncle mort vous grève son héritage d'une fille à épouser ;
  • par Usage, à l'imitation de ses aïeux ;
  • par Vieillesse, pour faire une fin ;
  • (le X manque, et peut-être est-ce à cause de son peu d'emploi comme tête de mot qu'on l'a pris pour signe de l'inconnu)
  • par Yatidi, qui est l'heure de se coucher et en signifie tous les besoins chez les Turcs ;
  • par Zèle, comme le duc de Saint-Aignan qui ne voulait pas commettre de péchés.

Les hommes pour se marier jouent autant de rôles que les mères en font jouer à leurs filles pour s'en débarrasser.
On ne peut être à la fois l'épouse d'un homme et celle de Jésus-Christ, il y aurait bigamie : il faut savoir opter entre un mari et un couvent.
Les malheurs de la passion leur ont appris les douceurs d'un heureux mariage.
L'union des âmes est inséparable de l'union des corps, et [...] l'union des corps sans l'union des âmes n'apporte que d'amères désillusions.
La mariage [...] est la plus sotte des immolations sociales; nos enfants seuls en profitent et n'en connaissent le prix qu'au moment où leurs chevaux paissent les fleurs nées sur nos tombes.

M comme Mémoire

L'espoir est une mémoire qui désire, le souvenir est une mémoire qui a joui.

M comme Mer

La reine des avares, celle qui ne rend rien de ce qu'elle a reçu, la Mer

M comme Mode

Dépasser la mode, c'est devenir caricature.

M comme Monde

Voilà le monde. Mettez vous en vue ? il vous discute.
Le monde, qui n'est cause d'aucun bien, est complice de beaucoup de malheurs; puis, quand il voit éclore le mal qu'il a couvé, maternellement, il le renie et s'en venge.
Il existe dans notre société trois hommes, le Prêtre, le Médecin et l'Homme de justice, qui ne peuvent pas estimer le monde. Ils ont des robes noires, peut-être parce qu'ils portent le deuil de toutes les vertus, de toutes les illusions.
Ce privilège d'être partout chez soi n'appartient qu'aux rois, aux filles et aux voleurs.
Le monde, qui plie devant l'argent ou la gloire, ne veut pas plier devant le bonheur, ni devant la vertu.
Les états qu'on fait dans le monde ne sont que des apparences.

M comme Mots

Il est des mots qui, semblables aux trompettes, aux cymbales, à la grosse caisse des saltimbanques, attirent toujours le public. Les mots beauté, gloire, poésie, ont des sortilèges qui séduisent les esprits les plus grossiers.

M comme Musique

Nous sommes obligés d'accepter les idées du poète, le tableau du peintre, la statue du sculpteur; mais chacun de nous interprète la musique au gré de sa douleur ou de sa joie, de ses espérances ou de son désespoir. Là où les autres arts cerclent nos pensées en les fixant sur une chose déterminée, la musique les déchaîne sur la nature entière qu'elle a le pouvoir de nous exprimer.
La langue musicale est infinie, elle contient tout, elle peut tout exprimer.

N comme Niais

Si, grâce à [d]es conspirations domestiques, beaucoup de niais passent pour des hommes supérieurs, ils compensent le nombre d'hommes supérieurs qui passent pour des niais, en sorte que l'Etat social a toujours la même masse de capacités apparentes.

N comme Notaires

Les notaires comme les avoués cachent la froideur et l'attention continue des diplomates.

O comme Obtus

Les personnes dont l'esprit est obtus suivent la terrible logique des enfants qui consiste à aller de réponse en demande, logique souvent embarrassante.

O comme Opinion publique

Cette changeante déesse, l'opinion publique, dont la tyrannie, un des malheurs de la France, allait s'établir et faire de notre pays une même province.
Les masses ont un bon sens qu'elles ne désertent qu'au moment où les gens de mauvaise foi les passionnent.
Les peuples, comme les femmes, aiment la force en quiconque les gouverne, et leur amour ne va pas sans le respect; ils n'accordent point leur obéissance à qui ne l'impose pas.
Aucune société [n'est] complète sans une victime, sans un être à plaindre, à railler, à mépriser, à protéger.

O comme Or

Quel crime de lèse-million que de démontrer aux riches l'impuissance de l'or !

O comme Oubli

Si l'esprit oublie difficilement, si l'intérêt souffre encore, le coeur, malgré tout, reprend sa servitude.
Oublier est le grand secret des existences fortes et créatrices; oublier à la manière de la nature, qui ne se connaît point de passé, qui recommence à toute heure les mystères de ses infatigables enfantements.

P comme Paris

Le langage parisien [...] n'a jamais que deux rythmes : l'intérêt ou la vanité
Roubaud était un de ces jeunes médecins absolument instruits, comme il en sort actuellement de l'Ecole de médecine de Paris et qui, certes, aurait pu briller sur le vaste théâtre de la capitale; mais, effrayé du jeu des ambitions à Paris, se sentant d'ailleurs plus de savoir que d'intrigue, plus d'aptitude que d'avidité, son caractère doux l'avait ramené sur le théâtre étroit de la province, où il espérait être apprécié plus promptement qu'à Paris.
Le Parisien s'étonne que tout ne soit pas partout comme à Paris, et le Français, comme en France.
Il est difficile [...] d'avoir des illusions sur quelque chose à Paris. Il y a des impôts sur tout, on y vend tout, on y fabrique tout, même le succès.
À Paris, [...] la Mode élève et abaisse tour à tour des personnages qui, tantôt grands, tantôt petits, c'est à dire tour à tour en vue et oubliés, deviennent plus tard des personnes insupportables comme le sont tous les ministres disgraciés et toutes les majestés déchues.
À Paris, [...] il n'y a rien de neuf, pas même la statue posée d'hier sur laquelle un gamin a déjà mis son nom.
La funeste curiosité de ce monde [Paris] qui s'agite et se presse, pour se presser et s'agiter.
À Paris, la période astringente de la défiance est aussi rapide à venir que le mouvement expansif de la confiance est lent à se décider.
Tout cela se fait à Paris : on méprise un homme, on n'en méprise pas l'argent.
L'Aristocratie, L'Industrie et le Talent sont éternellement attirés vers Paris, qui engloutit ainsi les capacités nées sur tous les points du royaume, en compose son étrange population et dessèche l'intelligence nationale à son profit.
On ne peut se figurer combien les Parisiens sont ignorants et exclusifs ; ils ne savent que ce qu'on leur apprend, quand ils veulent l'apprendre.

P comme Parole

Il faut tenir à sa parole plus qu'à sa fortune; car tenir à sa parole donne la fortune, et toutes les fortunes n'effacent pas la tache faite à la conscience par un manque de parole.

P comme Parvenus

Les parvenus sont comme les singes desquels ils ont l'adresse : on les voit en hauteur, on admire leur agilité pendant l'escalade; mais, arrivés à la cime, on n'aperçoit plus que leur côtés honteux.

P comme Passion

Toute grande passion pèse si fortement sur notre caractère qu'elle en refoule d'abord les aspérités et comble la trace des habitudes qui constituent nos défauts ou nos qualités; mais plus tard, chez deux amants bien accoutumés l'un à l'autre, les traits de la physionomie morale reparaissent; tous deux se jugent alors mutuellement, et souvent il se déclare, durant cette réaction du caractère sur la passion, des antipathies qui préparent ces désunions dont s'arment les gens superficiels pour accuser le coeur humain d'instabilité.
Nous avons tous notre passion malheureuse.
La passion qui [...] porte son esprit avec elle, peut donner aux niais, aux sots, aux imbéciles une sorte d'intelligence, surtout pendant la jeunesse.
Souvent des passions qui étaient entrées en campagne, enseignes déployées, pimpantes, avec une ardeur à tout renverser, finissent alors par rentrer chez elles, sans victoire, honteuses, désarmées, sottes de leur vain bruit.
Les grandes passions sont rares comme les chefs-d'oeuvre.
Quand les passions sont sans aliment, elles se changent en besoin; le mariage devient alors, pour les gens de la classe moyenne, une idée fixe; car ils n'ont que cette manière de conquérir et de s'approprier une femme.
La passion qui ne se croit pas éternelle est hideuse.

P comme Plaisanterie

Les grands ont toujours tort de plaisanter avec leurs inférieurs. La plaisanterie est un jeu, le jeu suppose l'égalité. Aussi est-ce pour obvier aux inconvénients de cette égalité passagère que, la partie finie, les joueurs ont le droit de ne se plus connaître.
La plaisanterie est comme le coton qui, filé trop fin, casse.

P comme Plaisir

Le plaisir est comme certaines substances médicales : pour obtenir constamment les mêmes effets, il faut doubler les doses, et la mort ou l'abrutissement est contenu dans la dernière.
Il se rencontre en l'homme qui vient de se gorger de plaisir une pente à l'oubli, je ne sais quelle ingratitude, un désir de liberté, une fantaisie d'aller se promener, une teinte de mépris et peut-être de dégoût pour son idole, il se rencontre enfin d'inexplicables sentiments qui le rendent infâme et ignoble.

P comme Polémique

La polémique [...] est le piédestal des célébrités.

P comme Politique

Des pays où chacun emploie ses poumons et ses forces à politiquer, sans plus pouvoir changer à soi seul la marche des choses qu'un grain de sable ne peut faire la poussière.
La politique est [...] une science sans principes arrêtés, sans fixité possible; elle est le génie du moment, l'application constante de la force, suivant la nécessité du jour.
Les ambitieux doivent aller ligne courbe, le chemin le plus court en politique.
Soyez de votre parti. Surtout [...] quand il triomphe.
Il est en politique comme en journalisme une foule de cas où les chefs ne doivent jamais être mis en cause.
Quand un homme arrive au pouvoir, il a toutes les vertus d'une épitaphe; qu'il tombe dans la misère, il a plus de vices que n'en avait l'enfant prodigue.
De cette obligation constante où se trouve la tête sage et prudente des partis d'obéir aux préjugés et aux folies des masses qui en font la queue dérivent les actions que reprochent certains historiens aux chefs de partis, quand, à distance des terribles ébullitions populaires, ils jugent à froid les passions les plus nécessaires à la conduite des grandes luttes séculaires.
[Ce] Dieu moderne, la majorité, ce colosse aux pieds d'argile dont la tête est bien dure, sans être en or, car elle est en alliage.
Le législateur [...] ne sait plus distinguer entre ces mots : gouverner, administrer, faire des lois. Le législateur tend à tout absorber dans l'Etat, comme s'il pouvait agir.
N'est-ce pas le plus grand malheur qui puisse affliger un parti, que d'être représenté par des vieillards, quand déjà ses idées sont taxées de vieillesse ?
Il est impossible, ni par le bienfait, ni par l'intérêt, de rompre l'accord éternel des domestiques avec le peuple.
Le Peuple a la vie dure, il ne meurt pas, il a le temps pour lui ! ...
La forme [...] emporte toujours le fond.
Le peuple, les femmes et les enfants se gouvernent [...] par la terreur.
Pour les grands politiques, le verbe voir n'a pas de futur.
La loi émanera toujours d'un vaste cerveau, d'un homme de génie et non de neuf cents intelligences qui se rapetissent en se faisant foule.

P comme Pouvoir

L'art, la science et l'argent forment le triangle social où s'inscrit l'écu du pouvoir, et d'où doit procéder la moderne aristocratie.
Si les grands intérêts du royaume exigeaient parfois de secrètes illégalités, le crime commençait à l'application de ces moyens d'Etat aux intérêts privés.
Le pouvoir ne se prouve sa force à lui-même que par le singulier abus de couronner quelque absurdité des palmes du succès, en insultant au génie, seule force que le pouvoir absolu ne puisse atteindre.
Tout pouvoir humain est composé de patience et de temps.

P comme Préjugés

Tu deviendras un de ces préjugés à deux pattes, un de ces hommes condamnés à faire une seule et même chose. [...] S'ils sortent de leur genre, on ne croit plus à la valeur de ce qu'ils font. Voilà comme nous sommes en France, toujours souverainement injustes !

P comme Prémices

Les prémices en toute chose ont une délicieuse saveur.

P comme Principes

Les circonstances sont variables, les principes sont fixes.
Les principes sont le pivot sur lequel marchent les aiguilles du baromètre politique.

P comme Province

Pour la province, la richesse des nations consiste moins dans l'active rotation de l'argent que dans un stérile entassement.
En province, le défaut d'occupation et la monotonie de la vie attirent l'activité de l'esprit sur la cuisine.
La curiosité, [...] dans toutes les provinces de France, est le principal but de l'excessif intérêt qu'on s'y témoigne.

R comme Raison

De quel côté se trouve la raison ? Est-elle chez le sauvage, libre dans le désert, vêtu dans sa nudité, sublime et toujours juste dans ses actes quels qu'ils soient, écoutant le soleil et causant avec lamer ? Est-elle chez l'homme civilisé qui ne doit ses plus grandes jouissances qu'à des mensonges, qui tord et presse la nature pour se mettre un fusil sur l'épaule, qui a usé son intelligence pour avancer l'heure de sa mort et pour se créer des maladies dans tous ses plaisirs ?
La raison est toujours mesquine auprès du sentiment; l'une est naturellement bornée, comme tout ce qui est positif, et l'autre est infini.

R comme Recevoir

En toute chose l'on ne reçoit qu'en raison de ce que l'on donne.

R comme Reconnaissance

La reconnaissance est une dette que les enfants n'acceptent pas toujours à l'inventaire.
Gobseck T2.964

R comme Réflexion

De toutes les choses qui se communiquent, la réflexion et la gravité sont les plus contagieuses.
Penser est une fatigue, et les riches aiment à voir couler la vie sans grand effort.

R comme Refus

Quand il vous sera demandé quelque chose que vous ne sauriez faire, refusez net en ne laissant aucune fausse espérance; puis accordez promptement ce que vous voulez octroyer : vous acquerrez ainsi la grâce du refus et la grâce du bienfait, double royauté qui relève merveilleusement un caractère.
On se donne, ou l'on se refuse; mais se refuser et moraliser, il y a double peine, ce qui est contraire au droit de tous les pays.

R comme Relations

Admettre une personne chez vous, c'est la supposer digne d'habiter votre sphère.

R comme Religion

L'homme n'a jamais eu qu'une religion. Le Sivaïsme, le Vichnouvisme et le Brahmaïsme, les trois premiers cultes humains, nés au Thibet, da la vallée de l'Indus et sur les vastes plaines du Gange, ont fini, quelques mille ans avant Jésus-Christ, leurs guerres, par l'adoption de la Trimourti hindoue. La Trimourti, c'est notre Trinité. De ce dogme sortent, en Perse, le Magisme; en Egypte, les religions africaines et le Mosaïsme; puis le Cabirisme et le Polythéisme gréco-romain. Pendant que ces irradiations de la Trimourti adaptent les mythes de l'Asie aux imaginations de chaque pays où elles arrivent conduites par des sages que les hommes transforment en demi-dieux, Mithra, Bacchus, Hermès, Hercule, etc., Bouddha, le célèbre réformateur des trois religions primitives, s'élève dans l'Inde et y fond son Eglise, qui compte encore aujourd'hui deux cents millions de fidèles de plus que le Christianisme, et où sont venues se tremper les vastes volontés de Christ et de Confucius. Le Chrstianisme lève sa bannière. Plus tard, Mahomet fond le Mosaïsme et le Christianisme, la Bible et l'Evangile en un livre, le Coran où il les approprie au génie des Arabes.
Il est deux manières de servir Dieu. Certains chrétiens s'imaginent qu'en entrant à des heures fixes dans une église pour y dire des Pater noster, en y entendant régulièrement la messe et s'abstenant de tout péché, ils gagneront le Ciel; ceux-là [...] vont en Enfer, ils n'ont point aimé Dieu pour lui-même, ils ne l'ont point adoré comme il veut l'être, ils ne lui ont fait aucun sacrifice. Quoique doux en apparence, ils sont durs à leur prochain; ils voient la règle, la lettre, et non l'esprit.
Le protestantisme doute, examine et tue les croyances, il est donc la mort de l'art et de l'amour.
Dieu n'a pas fait une seule loi de malheur; mais en se réunissant les hommes ont faussé son oeuvre.
Tout est binaire dans le domaine de la pensée. Les idées sont binaires. Janus est le mythe de la critique et le symbole du génie. Il n'y a que Dieu de triangulaire !
Tout est binaire dans le domaine de la pensée. Les idées sont binaires. Janus est le mythe de la critique et le symbole du génie. Il n'y a que Dieu de triangulaire !
Des trente-trois années de Jésus, il n'en est que neuf de connues; sa vie silencieuse a préparé sa vie glorieuse.

R comme Représentation nationale

Cette scène est écrite pour l'enseignement des pays assez malheureux pour ne pas connaître les bienfaits d'une représentation nationale, et qui, par conséquent, ignorent par quelles guerres intestines, au prix de quels sacrifices à la Brutus, une petite ville enfante un député !
Critique en règle du régime parlementaire : extraits
  • Plus l'assemblée représentera fidèlement les opinions de la foule, moins elle aura l'entente du gouvernement, moins ses vues seront élevées, moins précise, plus vacillante sera sa législation, car la foule est et sera toujours ce qu'est une foule.
  • Cinq cents intelligences médiocres peuvent-elles avoir la force de s'élever à ces considérations. ...

R comme Retraités

Ceux d'entre les retraités qui ne savent pas ou ne peuvent pas substituer des fonctions à celles qu'ils quittent, changent étrangement : quelques uns meurent, beaucoup s'adonnent à la pêche, occupation dont le vide se rapproche de leur travail dans les bureaux; quelques autres, hommes malicieux, se font actionnaires, perdent leurs économies et sont heureux d'obtenir une place dans l'entreprise qui réussit après une première liquidation, en des mains plus habiles qui la guettaient ; l'employé frotte alors les siennes, entièrement vides, en se disant : «J'avais pourtant deviné l'avenir de cette affaire...».

R comme Riches

Toutes les classes inférieures sont tapies devant les riches et en guettent les goûts pour en faire des vices et les exploiter.
La richesse rend tout supportable, tandis qu'il n'y a pas de bonheur qui ne succombe à la misère.
Si les gens riches [...] ont plus d'occasions que les autres de perdre de l'argent, ils ont aussi plus d'occasions d'en gagner, alors même qu'ils se livrent à leurs folies.

R comme Ridicule

Nos ridicules sont en grande partie causés par un beau sentiment, par des vertus ou par des facultés portées à l'extrême. La fierté [...] devient de la roideur en se déployant sur de petites choses [...]. L'exaltation [...] devient de l'exagération en se prenant aux riens de la province. [...] Les passions se rapetissent en grandissant des choses minimes.

R comme Roman

Il faut avoir fouillé toute la vie sociale pour être un vrai romancier, vu que le roman est l'histoire privée des nations.

S comme Santé

La régularité des moeurs fait la longue vie et la santé.

S comme Savoir

Vouloir nous brûle et pouvoir nous détruit; mais savoir laisse notre faible organisation dans un perpétuel état de calme.
Enfoncés dans la science, les savants oublient tout, femmes, amis, obligés.
Il y a de certaines connaissances dont on a trop tout de suite.

S comme Scélérats

Les profonds scélérats abritent leurs entreprises et leurs mauvaises actions derrière le paravent de la légalité et sous le toit discret de la famille.

S comme Science

Toute science humaine repose sur la déduction, qui est une vision lente par laquelle on descend de la cause à l'effet, par laquelle on remonte de l'effet à la cause.
La démonstration la plus simple appuyée sur les faits n'est-elle pas plus précieuse que ne le sont les plus beaux systèmes défendus par des inductions plus ou moins ingénieuses ?
Enfoncés dans la science, les savants oublient tout, femmes, amis, obligés.

S comme Sentiments

Si l'homme ne vit que par les sentiments, peut-être croit-il appauvrir son existence en confondant une affection trouvée dans une affection naturelle.
Les spéculations les plus sûres sont celles qui reposent sur la vanité, l'amour-propre, l'envie de paraître. Ces sentiments-là ne meurent jamais.
En fait de sentiments, changer n'est-ce pas mourir ?
L'âme a besoin d'absorber les sentiments d'une autre âme, de se les assimiler pour les lui restituer plus riches.

S comme Servir

Aujourd'hui, [...], servir l'Etat, ce n'est plus servir le prince qui savait punir et récompenser! Aujourd'hui, l'Etat, c'est tout le monde. Or, tout le monde ne s'inquiète de personne. Servir tout le monde, c'est ne servir personne. Personne ne s'intéresse à personne.

S comme Société

Le secret de l'alchimie sociale [...] est de tirer tout le parti possible de chacun des âges par lesquels nous passons, d'avoir toutes ses feuilles au printemps, toutes ses fleurs en été, tous ses fruits en automne.
Une aristocratie est en quelque sorte la pensée d'une société, comme la bourgeoisie et les prolétaires en sont l'organisme et l'action.
Le discours est la partie morale de la toilette, il se prend et se quitte avec la toque de la toilette.
Il faut toujours faire ce que l'on doit relativement à la position où l'on se trouve.
Quand l'effet produit n'est plus en rapport direct ni en proportion égale avec sa cause, la désorganisation commence.
La plus grande marque de stérilité spirituelle est l'entassement des faits.
Toute profession [...] a son cilice et ses casse-têtes chinois.
Il en est du vol et du commerce de fille publique comme du théâtre, de la police, de la prêtrise et de la gendarmerie. Dans ces six conditions, l'individu prend un caractère indélébile. Il peut plus être que ce qu'il est. Les stigmates du divin sacerdoce sont immuables, tout aussi bien que ceux du militaire. Il en est ainsi des autres états qui sont de fortes oppositions, des contraires dans la civilisation.

S comme Solitude

La solitude est à la torture ce que le moral est au physique. Entre la solitude et la torture il y a tout la différence de la maladie nerveuse à la maladie chirurgicale. C'est la souffrance multipliée par l'infini.

S comme Sottise

Il y a toujours un fripon non loin d'une dupe, et [...] la sottise attire toujours un homme d'esprit de l'espèce des Renards.
Une sottise qui ne réussit pas devient un crime.
La Nature n'a fait que des bêtes, nous devons les sots à l'Etat social.

S comme Statistique

[La] statistique [est] une science assez utile quand on n'en abuse pas.

S comme Sublime

Le sublime est toujours semblable à lui-même.

S comme Succès

Il eut un succès fou, mot qui n'est juste qu'en Italie, où la reconnaissance d'un parterre a je ne sais quoi de frénétique pour qui lui donne une jouissance.
S'amoindrissent dans les désastres les hommes habitués au succès et dont toute la force consiste dans l'acquis que donne la routine aux moyennes intelligences.

S comme Suicide

Le suicide ne guérit pas de la vie, il guérit de la mort volontaire.

T comme Talent

Le talent est la plus belle dot d'un prétendu.

T comme Temps

Le temps est le seul capital des gens qui n'ont que leur intelligence pour fortune.

T comme Théorie

La Pratique parlait son langage positif à la Théorie dont la parole est toujours au Futur.

T comme Timidité

Il y a deux timidités : la timidité d'esprit, la timidité de nerfs; une timidité physique, et une timidité morale. L'une est indépendante de l'autre. Le corps peut avoir peur et trembler, pendant que l'esprit reste calme et courageux. [...] Quand les deux timidités se réunissent chez un homme, il sera nul pendant toute sa vie.
Les gens timides sont ombrageux, les propositions brusques les effraient. Ils se sauvent devant le bonheur s'il arrive à grand bruit, et se donnent au malheur s'il se présente avec modestie, accompagné d'ombres douces.

V comme Vanité

La Vanité procède comme la Femme. Toutes deux elles croient perdre quelque chose à l'éloge et à l'amour accordés à autrui.
La morgue est une dignité qui n'a pas de points d'appui.

V comme Vengeance

La première condition de la vengeance est la dissimulation. Une haine avouée est impuissante.

V comme Verbe

Le verbe n'a rien d'absolu : nous agissons plus sur le mot qu'il n'agit sur nous; sa force est en raison des images que nous avons acquises et que nous y groupons.

V comme Vertu

Quoique le malheur passe pour développer les vertus, il ne les développe que chez les gens vertueux; car ces sortes de nettoyages de conscience n'ont lieu que chez les gens naturellement propres.
Le bonheur et la vertu sont au-dessus de l'art et du génie.
À quoi sert la Vertu ? À gagner le Ciel.
Il n'y a pas une vertu qui ne soit doublée d'un vice. La littérature engendre bien les libraires.
Un des caractères de la Vertu est de ne pas être propriétaire.
Le doute philosophique de Descartes est une politesse par laquelle il faut toujours honorer la vertu.
Il n'y a pas de vertu absolue mais des circonstances.

V comme Vice

Il n'y a de forts que ceux qui mènent leurs vices au lieu de se laisser mener par eux.

V comme Victoire

Promettre et tenir sont deux après la victoire.

V comme Vie

Voilà la vie telle qu'elle est. Ca n'est pas plus beau que la cuisine, ça pue tout autant, et il faut se salir les mains si l'on veut fricoter; sachez seulement vous bien débarbouiller : là est toute la morale de notre époque.
La vie est un travail, un métier, qu'il faut se donner la peine d'apprendre.
Gobseck T2.997
La vie véritable, comme les jours atmosphériques, se compose beaucoup plus de ces moments ternes et gris qui embrument la Nature que de périodes où le soleil brille et réjouit les champs.

V comme Vocation

Les vocations manquées déteignent sur toute l'existence.

V comme Volonté

Si le triomphe de la volonté est un des enivrants plaisirs de la vie des grands hommes, il est toute la vie des êtres bornés.